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9 combats, 9 victoires. Mais Sa Thiès ne se prend pas pour celui qu’il n’est pas. Le frangin de Balla Gaye 2 est conscient qu’il a du chemin à faire et ne veut pas s’emballer pour le moment.
Le vainqueur de Moussa Dioum revient sur sa victoire express de dimanche dernier et les conseils que son «roi des arènes» de frère lui a prodigués.
Comment avez-vous vécu cette victoire ?
J’avais pris ce combat très au sérieux. Je voulais aussi finir ma saison sur une victoire. Je me suis fait violence pour y parvenir. Ce n’était pas facile, car je ne suis pas plus fort que lui (Moussa Dioum), mais Dieu m’a donné la victoire et je lui en rends grâce.
Aviez-vous prévu de battre Moussa Dioum en si peu de temps ?
En venant au stade (Demba Diop de Dakar, Ndlr), je m’étais déjà fait à l’idée que le combat pouvait durer 35 minutes et qu’elle pouvait aller jusqu’au 3e round. Je ne suis pas non plus surpris qu’il ait été plus facile que je ne l’imaginais, mais il est clair que le lutteur qui a davantage travaillé aux entraînements est celui qui se sent le plus à l’aise le jour du combat.
Aviez-vous des craintes avant ce combat face Moussa Dioum ?
Je suis encore jeune, je considère tout combat comme un «mbapatt» (séances vespérales de lutte simple), mais il y a l’envie de gagner et le courage qui nous font nous surpasser une fois dans l’arène.
Comment êtes-vous venu à bout de Moussa Dioum ?
Je l’ai surpris. Avant le coup de sifflet de l’arbitre, j’avais dit à un de mes accompagnateurs que j’allais le mettre KO. Quand j’enlevais les gris-gris qui étaient sur mes bras pour les donner à mon entraîneur, Moussa Dioum a cru que je me préparais pour la bagarre. Il m’a attendu sur ce terrain et à l’arrivée, je l’ai trompé. Tout le monde sait que Moussa Dioum est un bagarreur. Je pouvais bien lui apporter la réplique. La veille du combat, Balla Gaye 2 m’a appelé à 2 heures du matin pour me donner des conseils. Il m’avait dit de ne pas me bagarrer, mais d’user de ma technique car si j’impose la lutte pure, je vais terrasser mon adversaire. Il m’a aussi dit d’accepter d’encaisser des coups pour pouvoir attraper mon adversaire. Il m’avait demandé de prendre ce combat très au sérieux parce qu’une défaite pouvait avoir des conséquences néfastes pour la suite de ma carrière. J’ai appliqué les consignes de Balla Gaye 2, en y mettant un peu du mien pour gagner ce combat.
Les observateurs de l’arène ont dit que c’était le combat de passage de grade vers l’antichambre des ténors. Avez-vous le même sentiment ?
Je vais continuer à travailler dur pour honorer mes parents: la carrière d'un lutteur ne dure pas longtemps, mais je compte avancer comme l’ont fait les grands lutteurs. Je considère que je n’ai encore rien fait dans l’arène. Il me reste du chemin. Je ne me considérerai comme champion que quand j’aurai fait 30 combats.
Qui avez-vous dans le viseur comme prochain adversaire ?
Je suis derrière mes frères, c’est eux qui me disent ce que je dois faire. C’est mon père (Double Less) qui négocie mes contrats, moi je me contente seulement de m’entraîner et de lutter. Je ne fais de fixation sur aucun adversaire. Certains lutteurs ont un comportement malsain, ils peuvent avoir d’autres pensées quand tu les défie. J’ai le droit de défier Balla Gaye 2 comme Yawou Dial est libre de dire qu’il veut m’affronter. Je ne défie personne, mais je suis prêt à affronter tout le monde.
Combien valez-vous après cette victoire ?
Le maximum sera le mieux. (rire)
Vous gagnez tous vos combats, mais jusque-là certains observateurs ne sont pas convaincus par votre talent de lutteur. Ils disent qu’on vous trace un chemin facile pour arriver au sommet…
Je n’ai jamais lutté avec un adversaire moins expérimenté que moi. Tous les lutteurs de ma génération sont plus âgés que moi. Beaucoup de lutteurs diminuent leur âge, ce qui n’est pas mon cas parce que je suis né pendant les évènements entre le Sénégal et la Mauritanie (1989, Ndlr). Tous mes combats étaient risqués, car je faisais face à des lutteurs plus expérimentés que moi. Celui qui dit qu’on me trace un chemin facile raconte ce qu’il veut. Si c’est le cas, qu’on m’oppose aux lutteurs réputés dangereux.
Votre frère Balla Gaye 2 n’est pas venu vous assister lors du combat. Que s’est-il passé ?
Il est actuellement en voyage, c’est pourquoi il n’est pas venu. Ça n’a rien à voir avec les interdictions du Cng. Balla est plus important pour moi qu’un combat. Si le Cng me demandait de faire quelque chose et qu’il me disait le contraire, je ferais ce que dit Balla. Même si je n’étais pas un lutteur, cela ne m’empêcherait pas de l’accompagner. La décision du Cng n’est pas logique, c’est très difficile à accepter.
Quel est votre avis par rapport au souhait des promoteurs de limiter les cachets des lutteurs à 100 millions FCfa ?
Ce n’est pas une bonne idée, à mon avis. S’ils veulent l’avancement de la lutte, ils ne doivent pas plafonner les cachets. La lutte avance et il faut faire avec. Si un promoteur se trouve dans l’impossibilité de payer de gros cachets aux lutteurs, bon sang, qu’il laisse tomber ! On ne force personne à demeurer promoteur.
Source : L'OBS